Rentrée littéraire 2019

Qu’attendez-vous de cette rentrée littéraire 2019 ?

Les 524 romans de cette rentrée littéraire portent des discours forts sur des problématiques d’actualité : féminisme et violences faites aux femmes, crise migratoire et écologie.

Cette rentrée n’en est pas pour autant morose, puisque ces sujets brûlants sont incarnés par une galerie de personnages complexes, souvent féminins, qui portent aussi bien l’universel que l’intime.

Pour y voir plus clair parmi les quelques centaines de romans parus ces dernières semaines, La Bibliothèque vous propose un parcours mettant en valeur les grands thèmes de cette rentrée, à travers des ouvrages attendus, et de belles surprises. Retrouvez cette sélection à la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland.

Paroles de femmes

Sous l’emprise du réel, les romans de cette rentrée littéraire proposent des personnages chahutés par des problématiques contemporaines. Ce sont majoritairement des femmes qui font écho à des sujets de société, notamment le féminisme. Des écrivains, hommes et femmes proposent des exofictions : autour de l’écrivaine Virginia Woolf dans Virginia d’Emmanuelle Favier, ou de Christine de Pizan dans la Non-pareille de Michel Peyramaure (Calmann-Lévy).

D’autres femmes, inconnues, se battent aussi pour exister. Dans Ce qu’elles disent, Miriam Toews (Buchet-Chastel) invite huit femmes à reprendre leur destin en main dans une colonie mennonite de Manitoba en Bolivie. Dans Les veilleurs de Sangomar de Fatou Diomé (Albin Michel), Coumba vient de perdre son mari dans le naufrage du Joola, au large du Sénégal. Alors, les veilleurs, esprits des ancêtres et des naufragés la mèneront à la rencontre de son « immortel aimé » dans ce roman de liberté et d’amour.

Le courage des femmes d’aujourd’hui est incarné par Jeanne, libraire pudique et discrète qui, atteinte d’un cancer, respire la liberté et l’urgence de vivre dans Une joie féroce de Sorj Chalandon (Grasset). Ou Kate, jeune femme de 19 ans qui trouve la force de continuer à vivre après le décès de son compagnon dans un attentat (Attendre un fantôme de Stéphanie Kalfon, Joëlle Losfeld).

L’instinct de survie est une constante chez la femme tatouée, magnifique et froide, dénommée Phénix dans Le ciel par-dessus le toit de Natacha Appanah (Gallimard). Celle-ci a dû se battre, livrée depuis son plus jeune âge par ses parents à la convoitise des hommes. Sur ce même sujet, pour La Maison (Flammarion), la romancière Emma Becker s’est immergé dans le quotidien des prostituées d’une maison close berlinoise.
De son côté, Cora s’approche inexorablement du burn-out, étouffée par sa vie professionnelle, depuis qu’elle est revenue de son congé maternité (Cora dans la spirale de Vincent Message, Seuil).

Violences

Le viol et le harcèlement sont également au cœur de plusieurs fictions. Dans Les yeux rouges (Seuil), Myriam Leroy met en scène une trentenaire harcelée par un inconnu sur Facebook. Karine Tuil met en marche la machine médiatico-judiciaire dans Les choses humaines (Gallimard) à propos d’une affaire de viol présumé. Dans On ne peut pas tenir la mer entre ses mains de Laure Limongi (Grasset), Huma dévoile les secrets de famille soigneusement occultés dans la Corse du FLNC.
Mazarine Pingeot se penche dans Se taire (Julliard) sur le drame d’une femme, victime d’une agression sexuelle et contrainte au silence par son éducation et son milieu.

La violence de l’arrachement, notamment par l’exil, demeure une thématique qui traverse de nombreux romans de l’automne. Dans La mer à l’envers de Marie Darrieussecq (P.O.L.) Rose fait la connaissance fortuite de Younès, un migrant qui tente de traverser la Méditerrannée dans une embarcation de fortune. Sur d’autres paquebots au début  du XXème siècle, Jeanne Benameur explore dans Ceux qui partent (Actes Sud) les destins croisés des personnages qui sont arrivés aux Etats-Unis. Louis-Dalembert met en scène la tragédie d’un bateau de clandestins sauvés par le pétrolier danois Torm Lotte en 2014 (Mur Méditerrannée,Sabine Wespieser). La douleur de l’exil est également palpable dans Le ghetto intérieur de l’écrivain argentin Santiago H. Amigorena (P.O.L). Avec Par les soirs bleus d’été (Albin Michel), Franck Pavloff accompagne un jeune Ukrainien du Donbass dans son enquête familiale.
Dans une dystopie digne de Game of Thrones (Rouge impératrice, Grasset), Léonore Miano explore, elle, une Afrique imaginaire au XXIIème siècle. Sur Katopia, des descendants des migrants français, les fulasi, représentent une minorité marginale mais dérangeante.

Ruralité

Dérangeant aussi le groupe de réfugiés syriens qui s’installe dans un petit village du centre de la France où cohabitent déjà agriculteurs et « néo-ruraux ». Dans La campagne n’est pas un jardin, signé Stéphane Fière (Phébus), les uns appellent à la solidarité alors que les autres crient à la colonisation de leur territoire.
D’autres « néoruraux », cette fois-ci des banlieusards parisiens, apparaissent sous la plume ironique de Julia Deck. Dans Propriété privée (Minuit), un couple achète un logement dans un écoquartier au milieu d’une petite commune. Si tout s’annonce pour le mieux, l’arrivée des Lecoq vient perturber cet univers de compost et de panneaux solaires.

Ecologie

La question écologique est partout : dans l’actualité au lendemain du sommet de l’ONU sur le climat, et aussi dans les romans de la rentrée littéraire de cet automne.

Dans le deuxième roman de Jean-Baptiste Andrea, Cent millions d’années et un jour (L’Iconoclaste) des paléonthologues partent à la recherche d’une espèce disparue dans la glace. Autre expédition glaciaire, celle d’Hélène Gaudy dans Un monde sans rivage (Actes Sud), mais aussi celle de Bérangère Cournut avec De pierre et d’os (Le Tripode). Le chemin parcouru par Uqsuralik, une jeune femme inuite, séparée de sa famille par une fracture de la banquise, se transforme en quête de sens.

Enfance

Dans Petit frère (Le Rouergue) Alexandre Seurat se confronte aux blessures de l’enfance. Pour supporter la disparition de son frère et sa propre culpabilité, le narrateur remonte le cours de leur histoire. Se dessine peu à peu le portrait émouvant d’un petit garçon à la beauté époustouflante.
Ces blessures de l’enfance, Freddy aussi les connaît, lui qui est le fils caché de Karl Marx, recherché par toutes les polices d’Europe dans les années 1860. Sébastien Spitzer prends ainsi le pouls d’une époque dans Le cœur battant du monde (Albin Michel).

Envie de partager ?