La pauvreté : entre discrimination et solidarité

À bas les pauvres ?

Dans le cadre du Place Publique « À bas les pauvres » qui vous est proposé le jeudi 20 juin à 20 h à la Maison des Arts, La Bibliothèque s’associe à ce débat à travers une sélection documentaire qui vous permettra d’appréhender la thématique et ses enjeux en amont ou en aval des échanges.

Cette sélection n’est pas tournée vers les ouvrages ou documents de fiction mais évidemment la question de la pauvreté a inspiré de nombreux livres et films. Comment ne pas penser à la représentation de la pauvreté ou à celle, plus courante encore, de la lutte des classes dans les romans de Victor Hugo à Eddy Louis, dans la photographie de Dorothea Lange à Raymond Depardon, dans le cinéma de Ken Loach à Agnès Varda avec ses Glaneurs et sa glâneuse ou à toute l’iconographie graphique en soutien aux luttes sociales ?

On note que si les défenseurs des populations les plus faibles économiquement ont marqué les esprits avec des discours vibrants ou des actions innovantes, quel regard portons-nous aujourd’hui sur la pauvreté ? Compréhension ou mépris ? Dans une société d’abondance, quelles sont les stratégies opérantes pour réduire la pauvreté ? Les solutions sont-elles uniquement du côté du pouvoir politique ou relèvent-elles des actions individuelles et citoyennes ? Est-il nécessaire de faire évoluer notre modèle économique pour permettre un véritable partage des richesses, le respect des individus et de l’environnement ?  Tant de questions que les  invités de la table ronde ne manqueront pas d’aborder.

Aussi, afin de contextualiser la problématique, nous pouvons vous inviter à consulter le dossier du numéro 70 de la revue Place publique qui précise la population concernée par la pauvreté en Loire-Atlantique.

Des grandes figures de la lutte contre la pauvreté

Que ce soit au moment de la  grande industrialisation ou durant les périodes de bouleversement d’après-guerre, des voix se sont élevées pour s’indigner contre la pauvreté. En 1849, Victor Hugo donne à la Chambre des pairs, un « Discours sur la misère » fort remarqué. Dans Les Misérables, paru en 1862, la question sociale est prégnante : à  travers la figure centrale du roman Jean Valjean et celles inoubliables de Cosette, Fantine et Gavroche.

Après la seconde guerre mondiale, le mouvement ATD Quart Monde naît dans un bidonville de Noisy-le-Grand à l’initiative de Joseph Wresinski, instigateur de la Journée mondiale du refus de la misère. En 2017, la chaîne Public Sénat rend hommage à la vie exemplaire de Joseph, l’insoumisÀ la même période, le mouvement Emmaüs prend racine en France, avec la création des premières communautés. Face à l’inaction des autorités, l’Abbé Pierre lance son appel vibrant du 1er février à redécouvrir grâce aux archives de l’Ina.

Ces défenseurs de la pauvreté restent ancrés dans notre mémoire collective et ont inspiré l’élan de générosité de Coluche et des restos du cœur. Pour autant, qui sont les pauvres et où en est le combat de la pauvreté aujourd’hui ?

Les pauvres : une population stigmatisée ?

Dans l’essai, En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, ATD Quart Monde passe en revue nos préjugés sur le sujet et en démonte les représentations.

De leur côté, des sociologues ont choisi d’étudier ce phénomène dans nos sociétés modernes.  À ce titre, Serge Paugam a mené différents programmes de recherche sur les inégalités et les ruptures sociales. Dans l’ouvrage collectif, Ce que les riches pensent des pauvres, il est question de savoir si « Les pauvres suscitent  aujourd’hui, chez les riches, autant de répulsion qu’au XIX siècle ? ». Une enquête que vous pouvez suivre dans les beaux quartiers de trois métropoles : Paris, São Paulo et Delhi.

Sur un autre terrain, celui de la Bibliothèque Publique d’Information à Paris, Serge Paugam et Camila Giorgetti montrent qu’au-delà de l’image d’analphabétisme et d’inculture de la pauvreté, des usagers en situation de précarité sont bien présents dans les bibliothèques publiques. À l’appui d’observations, l’étude Des pauvres à la bibliothèque nous apporte un éclairage sur les usages spécifiques de ce public.

Que disent de la pauvreté, ceux qui en sont victimes ? William T. Vollmann, écrivain et grand reporter,  a  posé frontalement la question à travers le monde. Dans Pourquoi êtes-vous pauvres ?, il nous livre, des « instantanés de mode de vie» en une somme réaliste et  sans pathos,  illustrée de photographies.

En 1844, Louis-Napoléon Bonaparte, publie De l‘extinction du paupérisme. À ce jour, la lutte contre la pauvreté est toujours d’actualité comme nous le rappelle le dernier rapport annuel de l’Observatoire des inégalités. Faute de parvenir à l’éradiquer, il pourrait être tentant de considérer avec indifférence ces maux inhérents à toute société. Toutefois, différentes actions à travers le monde prouvent qu’il n’en est rien.

La lutte contre la pauvreté : une utopie ?

Que ce soit à l’échelle mondiale, européenne ou nationale, différentes déclarations d’hommes politiques ont fixé des objectifs de diminution de la pauvreté. En juin 2010, l’Union Européenne, dans sa stratégie 2020, s’est engagée à réduire de 20 millions le nombre de pauvres, vivant sur son territoire.

Eliminer la pauvreté est-ce possible ? Que pouvons-nous espérer ?

Dans son essai, Julien Damon nous explique clairement les stratégies mises en place par les politiques publiques, en comparant les indicateurs utilisés pour endiguer la pauvreté par l’ONU, l’Europe et  la France.

Dans le cadre de la chaire annuelle « Savoirs contre la pauvreté », à l’initiative de l’Agence Française de développement,  Esther Duflo, professeur en économie du développement, a écrit deux essais sur la lutte contre la pauvreté. L’un s’attache au développement humain, l’autre, à la possibilité de rendre les pauvres acteurs de leur propre existence.

La politique de l’autonomie  prend l’exemple de la microfinance et des résultats obtenus en comparant deux groupes ayant bénéficié d’un programme de micro-crédit en Inde. Celui-ci, initié par Muhammad Yunus, célèbre économiste, s’est imposé dans le monde comme un moyen permettant aux pauvres d’entreprendre.

Dans son récent ouvrage, Vers une économie à trois zéros, il prône le « zéro pauvreté, zéro chômage, zéro empreinte carbone » et propose de « bâtir une nouvelle civilisation reposant sur le  social-business ». Un souffle d’espoir propre à nous permettre de « redessiner le monde de demain ».

De son côté, le Mouvement Emmaüs s’interroge sur le modèle de société actuel et l’impuissance des politiques publiques. L’association invite les citoyens à reprendre en main leur destin.

Dans 10 propositions pour lutter contre la pauvreté , Emmaüs développe des solutions pour lutter contre l’exclusion et remettre l’humain au cœur du système.

Dans Agir avec les pauvres contre la misère, Bertrand Verfaillie présente une trentaine d’actions inversant le rapport d’aidant à bénéficiaire  à celui de réciprocité.

Au terme de cette bibliographie bien évidemment non exhaustive, La Bibliothèque vous invite à retrouver une sélection de documentaires, de films et de fiction.

  • du 11 au 20 juin à la Bibliothèque Bellevue
  • du 21 au 30 juin à la Médiathèque Charles-Gautier Hermeland.

Dans le prolongement du débat, projection d’un film de 2016 du cinéaste britannique qui rend justice aux classes populaires depuis cinquante ans, un témoignage fort sur la vie des laissés pour compte. 

  • le 22 juin à 16:30 à l’auditorium de la Médiathèque Charles-Gautier-Hermeland.

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