Éphéméride Panneaurama #8 : Atelier Tout va bien (France/Dijon)

Chaque jeudi, retrouvez  dans l’éphéméride Panneaurama, la vision des graphistes ayant répondu à l’invitation de La Bibliothèque de créer une affiche originale sur le thème du paysage. Cette semaine, Anna Chevance et Mathias Reynoird, le duo de designers graphiques dijonnais répond à nos questions. Une manière pour vous de voir encore autrement le parcours graphique proposé dans et autour de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland du 28 juin au 28 septembre 2019.

L’Atelier Tout va bien est un duo de designers graphiques installé à Dijon depuis 2011. Considérant le design graphique comme une activité intrinsèquement contextuelle, l’Atelier Tout va bien s’applique à développer de multiples écritures au sein desquelles le geste graphique vise à capter les résonances possibles entre expérimentation plastique, fonctionnalité structurelle, justesse typographique et narration visuelle. Voir, lire, regarder, comprendre. Chaque projet (livre, affiche ou identité graphique) est un terrain de jeux spécifique où les règles sont collectivement fixées, puis singulièrement interprétées.

« Tard, loin après minuit, je me lève pour admirer la lune.
La nuit sous la pluie. Partout. On ne sait où.
Une vague lueur. Fenêtre ouverte. Parfum nocturne de l’océan.
Puis soudain, le jour, un autre monde s’éveille. »

Interprétation libre d’un haikai du poète japonais Matsuo Bashō (1644-1694).
Persiennes ou l’inquiétante étrangeté d’une pérégrination nocturne, Atelier Tout va bien (France/Dijon)
Photographie confiée à l’Atelier Tout va bien par Super Terrain

La Bibliothèque : Avez-vous pour habitude de répondre à des commandes ? Sinon, pourquoi celle-ci ?

Atelier Tout va bien : « Nous sommes exclusivement, sauf en de très rares occasions, des designers graphiques de commande. Et nous le revendiquons. Nombre de nos confrères ont tendance à opposer pratique personnelle et projets de commande. Loin de nous l’idée de leur donner tort… Mais notre positionnement propre est de nous donner la possibilité de fusionner les deux. Nous développons notre écriture et nos recherches typographiques au sein même de la commande, qui pour nous n’exclue en rien la dimension de concepteur, de créateur, et donc d’auteur. Historiquement, d’ailleurs, la commande est intrinsèque à la pratique du design graphique. Nous nous considérons, en quelque sorte, comme des porte-voix venant mettre un grain de sel bienveillant dans l’image que les commanditaires souhaitent offrir à leurs publics, à leurs lecteurs, à leurs regardeurs. »

La Bibliothèque : Le thème du paysage est-il déjà présent dans votre travail, dans vos thématiques de prédilection ? Si oui, pourquoi ? Sous quel(s) angle(s) ?

Atelier Tout va bien : « La question du paysage n’est pas centrale, au sein même de notre travail, mais dans la mesure où la plupart de nos images sont destinées à l’espace public, ce thème est toujours présent, en arrière-plan. La responsabilité du designer, en tous cas celle à laquelle nous sommes particulièrement attentifs lorsque nous dessinons des affiches, est de pouvoir servir le message d’un commanditaire tout en déployant une poésie qui puisse s’inscrire dans le paysage urbain sans effacement ni agression. Cet équilibre n’est pas simple : une affiche doit être assez prégnante pour attirer le regard, assez claire pour délivrer un message informatif, assez profonde pour ouvrir des champs de réflexion et, c’est ici que la question du paysage entre en compte, assez respectueuse pour ne pas enlaidir le site au sein duquel elle se trouve. Réussir à dessiner une affiche qui informe autant qu’elle questionne ou émerveille est une minuscule pierre à l’édifice qu’est l’espace public, nous n’avons pas la prétention de changer le monde… Mais si nous pouvons, un instant seulement, révéler certaines sensibilités, notre mission est accomplie. Il y a des images qui racolent et des images qui racontent. Nous nous positionnons évidemment en faveur de la seconde catégorie. »

La Bibliothèque : Pour vous, le paysage évoque-t-il d’abord la nature ou la ville ?

Atelier Tout va bien : « D’instinct, le paysage nous évoque la nature. Sans doute notre spontanéité est-elle ici influencée par le genre pictural du paysage, apparu dès l’antiquité, puis ayant accompagné toute l’Histoire de l’art à des époques où bien plus rares étaient les paysages urbains, avec un âge d’or durant la période romantique. Mais dans notre travail, la réalité revient au premier plan et le paysage trouve une toute autre importance et se fait bien plus souvent urbain (nous pourrions relier cette réponse à la précédente…). Finalement, la vérité (si tant est qu’elle puisse exister) se trouve en tout espace, champêtre, urbain, sylvestre, souterrain, etc. Le paysage n’est-il pas, tout simplement, l’étendue que nos yeux peut embrasser d’un seul regard ? »

La Bibliothèque : Comment qualifieriez-vous l’affiche réalisée pour Panneaurama et au regard de vos autres créations ? Ovni ou suite logique ?

Atelier Tout va bien : « Plutôt ovni, car elle est très sombre et, par certains aspects, presque effrayante. Les autres créations sont bien plus joviales… mais nous n’avons aucun regret sur ce point, chaque belle histoire, si bucolique soit-elle, admet ses petites zones d’ombre. »

La Bibliothèque : Que voudriez-vous que le public retienne de cette affiche ? Qu’aimez-vous susciter en général chez le regardeur ?

Atelier Tout va bien : « En soi, nous ne voulons rien. La liberté du regard dans l’espace public réside dans le fait d’être attentif, ou non, à une image qui nous est offerte. Si notre affiche suscite la curiosité, tant mieux. Qu’elle soit appréciée ou non, là n’est pas la question. Et quand bien même l’image a capté un regard sans être comprise telle que nous l’avons conçue, ce n’est absolument pas un problème pour nous. Elle sera abordée autrement, elle fera son chemin. Une fois diffusée dans l’espace public, l’image ne nous appartient plus. Soumise à la perception de chacun, elle nous échappe, et c’est très bien. Il faut la laisser aller, la laisser se transformer au gré de la pluralité des regards. »

La Bibliothèque : Quelle a été votre technique de création pour produire votre affiche (dessin, découpage, photo…) ?

Atelier Tout va bien : « — Observation (de la photographie soumise par Super Terrain).
— Découpage (de nombreuses feuilles de papier, imprimées ou non).
— Passage sous scanner (clapet ouvert, en très haute définition).
— Écriture du texte (libre interprétation d’un haïku de Matsuo Bashō).
— Composition de l’image sur logiciel (inDesign). »

La Bibliothèque : Le format a-t-il une importance pour vous ?

Atelier Tout va bien : « Il a toujours une importance, que l’on parle d’affiche, de livre, de peinture, de supports éphémères ou pérennes. Un format, c’est d’abord une intention. Selon le format, la perception varie, et avec elle varie le message. Le format, c’est très souvent la première certitude d’un projet… Ou du moins la première décision concrète. Comment débuter une recherche graphique, picturale ou éditoriale, sans format ? »

La Bibliothèque : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

Atelier Tout va bien : « Nous travaillons essentiellement pour des artistes et des structures culturelles. Nous comptons parmi nos commanditaires quelques entreprises privées, mais elles nous sollicitent pour des projets toujours en lien avec la culture et la création artistique. Pour ce qui est du présent, nous venons de rendre le projet d’identité de saison du Kiosque – Centre d’Action Culturelle Mayenne Communauté, et un diptyque d’affiches pour la scénographie des Rendez-Vous Particuliers de LVMH Métiers d’Art, à Florence. Nous planchons, cet été, sur le projet d’affiche de Nuit Blanche Mayenne. Nous continuons aussi nos aventures avec Les Ateliers Vortex (art contemporain), Why Note (musique contemporaine et expérimentale), ARTCENA (Centre national des arts de la rue, du cirque et du théâtre). Puis nous avons pas mal de livres en vue pour 2020, mais c’est encore classé top-secret… »

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