Éphéméride Panneaurama #10 : Building Paris (France / Paris)

Chaque jeudi, retrouvez dans l’éphéméride Panneaurama, la vision des graphistes ayant répondu à l’invitation de La Bibliothèque de créer une affiche originale sur le thème du paysage. Cette semaine, Benoît Santiard et Guillaume Grall, du studio de design graphique Building Paris, répondent à nos questions. Une manière pour vous de voir encore autrement le parcours graphique proposé dans et autour de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland du 28 juin au 28 septembre 2019.

Building Paris est un studio de design graphique fondé en 2012 par Benoît Santiard et Guillaume Grall. Convaincus que le design doit avant tout se mettre au service d’un contenu, leur production est marquée par un goût prononcé pour l’évidence et veille à s’adapter à chaque contexte, en portant un soin particulier au détail typographique. Building Paris travaille sur des projets d’édition, d’identité visuelle et d’expositions, aux sujets et aux échelles variés, où la contrainte (temporelle, économique, matérielle) est un élément moteur du processus créatif. Dans la continuité de leur pratique, ils enseignent la communication à l’École d’architecture de la ville & des territoires à Marne-la-Vallée depuis 2008.

« Blow Up est un film de Michelangelo Antonioni sorti en 1966. Le héros, Thomas est photographe et réalise des zooms progressifs dans ses tirages photographiques. Le terme « Blow up » en anglais renvoie ici à « agrandissement », mais peut aussi être traduit par « explosion ». Cette ambivalence sémantique a été le prétexte pour construire une image à partir du travail de l’artiste photographe Mathieu Pernot, extrait de la série Le Grand Ensemble : Implosion, réalisée entre 2000 et 2006. En s’intéressant à Atlantis, mais aussi au Sillon de Bretagne, deux lieux emblématiques de la ville de Saint-Herblain, et plus largement à l’architecture héritée des Trente Glorieuses, nous avons souhaité marquer le paysage avec une proposition manifeste que nous a inspiré cette anecdote : le Sillon de Bretagne a été construit l’année ou Pruitt Igoe, grand ensemble d’habitat social à Saint-Louis (Missouri, Etats-Unis), a été démoli (1972). Cet assemblage anachronique de signes (texte) et de figures (image) est une invitation à nous questionner sur la manipulation des images (autant mécanique que fallacieuse) et sur leur double appropriation : par les auteurs que nous sommes et par les spectateurs que vous êtes. Une invitation sur grand format à entrer physiquement dans l’image et a en découvrir le sens caché, comme le fait progressivement Thomas avec ses propres images dans Blow Up. »

Photographie confiée à l’Atelier Building Paris par Super Terrain
Blow Up, Building Paris (France / Paris)

La Bibliothèque : Avez-vous pour habitude de répondre à des commandes ? Sinon, pourquoi celle-ci ?

Building Paris : « Notre travail de designers graphiques consiste à répondre essentiellement à des commandes pour des clients (des entreprises, des associations, des institutions, des particuliers, des auteurs, etc.) qui font appel à nous pour des besoins en communication et graphisme. Cette relation de commande pose alors un cadre de travail et de réflexion, ainsi qu’un certain nombre de contraintes (temporelle, économique, matérielle) qui deviennent pour nous un élément moteur du processus créatif. Pour le dire plus simplement, sans question nous avons du mal à apporter une réponse. »

La Bibliothèque : Le thème du paysage est-il déjà présent dans votre travail, dans vos thématiques de prédilection ? Si oui, pourquoi ? Sous quel(s) angle(s) ?

Building Paris : « L’architecture est un sujet qui nous passionne depuis toujours. Nous sommes enseignants dans une école d’architecture (à Marne-la-Vallée, à l’est de Paris) et travaillons régulièrement avec des architectes sur des projets d’édition, d’identité visuelle, d’exposition, de signalétique, etc. L’architecture est un terrain très large et ouvert au design graphique : de la très petite échelle (réaliser une carte de visite pour une agence) vers la très grande échelle (mettre en place un système de signalétique  à l’échelle d’un bâtiment ou d’une ville) en passant par une multitude de supports imprimés, sur écran, en volume, etc.

Nous avons aussi développé un attrait certain pour la représentation et la photographie d’architecture et collaborons avec des photographes dont nous apprécions le travail : Cyrille Weiner, Giaime Meloni, Myr Muratet, Julien Lelièvre, notamment. Nous venons d’ailleurs de créer notre propre maison d’édition Building Books, dont l’ambition éditoriale est de s’intéresser aux paysages et aux formes bâties (l’architecture au sens large donc), à travers des personnalités qui les racontent sous forme de textes, de photographies, d’expériences artistiques ou sociales. L’architecture est pour nous un point de départ, un prétexte pour s’intéresser de manière sensible, éclairée et généreuse, à l’environnement dans lequel elle s’insère et à la façon dont elle est appréhendée par le public et les habitants.

Building « Notre premier livre, Art d’autoroute, est sorti au début de l’été et présente le travail de Julien Lelièvre qui, au terme d’années d’investigations et de milliers de kilomètres parcourus, a recensé et photographié soixante‑et‑onze œuvres d’art réparties le long du réseau autoroutier français. Cet inventaire en images, organisé selon douze itinéraires, est introduit par un corpus de photographies composant un journal sensible de ses pérégrinations. L’ensemble restitue de façon inattendue l’univers singulier de l’autoroute et offre pour la première fois un large panorama sur cet art parfois décrié et souvent méconnu. »

Livre Art d’autoroute, 2019.

La Bibliothèque : Pour vous, le paysage évoque-t-il d’abord la nature ou la ville ?

Building Paris : « Le paysage peut tout aussi bien être naturel, urbain, mais aussi mental, photographique, médiatique, politique… ce qui nous intéresse dans le paysage, c’est plutôt la question du point de vue. »

La Bibliothèque : Comment qualifieriez-vous l’affiche réalisée pour Panneaurama et au regard de vos autres créations ? Ovni ou suite logique ?

Building Paris : « Nous sommes très fiers d’avoir été invités par Super Terrain (un grand merci à eux) et de faire partie de ce casting incroyable. Chaque affiche a ses propres caractéristiques, disons donc que toutes les affiches sont des ovnis ! Pour le coup, le paysage graphique qu’offre cet ensemble est très riche et surprenant. Il est intéressant aussi de lire ce qu’en racontent les auteurs et de comprendre comment ces images ont été pensées et fabriquées. »

La Bibliothèque : Que voudriez-vous que le public retienne de cette affiche ? Qu’aimez-vous susciter en général chez le regardeur ?

Building Paris : « Nous avons travaillé avec plusieurs références (cinématographique, photographique, architecturale) avec l’objectif de susciter la curiosité du regardeur. Cette affiche n’ayant pas d’objectif de communication, si ce n’est de questionner l’environnement dans lequel elle apparaît, il nous paraissait important qu’elle contienne une intention pédagogique. Au-delà de la forme, de l’émotion et du plaisir que peuvent apporter ces grandes images dans l’espace public au premier regard, il est amusant de leur attribuer une seconde lecture, un sens caché ou simplement, comme le ferait un écrivain avec une note de bas de page afin que le regardeur/lecteur y voit/lise d’autres choses que l’image elle-même. Quels que soient les messages ou les ambitions, l’interprétation et l’appropriation par le regardeur devraient toujours rester libres et ouvertes. »

La Bibliothèque : Quelle a été votre technique de création pour produire votre affiche (dessin, découpage, photo…) ?

Building Paris : « Nous avons travaillé par itération à partir d’un logiciel de mise en page sur ordinateur. Nous avons coupé des morceaux d’images à l’intérieur de grandes images que nous avions scannées dans un livre ; puis nous avons cherché les meilleurs cadrages pour ces images. Nous avons imprimé en petit format ces cadrages (plus d’une centaine) et nous sommes amusés à les recomposer par deux pour former une nouvelle image. Si le résultat est satisfaisant à petite échelle, il le sera aussi à grande échelle. Nous avons ensuite posé les mots sur et sous les images. La couleur du fond est apparue en dernier, c’est elle, finalement, qui donne le ton à notre image. »

La Bibliothèque : Le format a-t-il une importance pour vous ?

Building Paris : « Oui évidemment ! Notre processus de travail pour cette affiche est un jeu d’allers-retours perpétuel entre l’écran et l’imprimé. À l’image de l’architecte avec sa maquette, nous avons d’abord travaillé l’affiche à petite échelle (A3, A4, voire plus petit) ; puis est venu le moment d’imprimer une maquette à l’échelle 1 pour vérifier la qualité du dessin et de la trame, d’une part, l’échelle du texte, d’autre part, mais aussi pour confronter l’image à l’espace tridimensionnel et jauger des relations entre l’image imprimée et le corps et les sens du regardeur. »

La Bibliothèque : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

Building Paris : « Nous avons une quinzaine de projets en cours dont un certain nombre concerne l’architecture et l’édition (souvent les deux d’ailleurs). Nous travaillons notamment sur un gros livre pour une agence d’architecture sur les problématiques de biodiversité qu’ils développent au sein de leurs projets ; nous travaillons aussi sur la première monographie d’un architecte du sud de la France avec une iconographie très riche (photographies de ses réalisations, de ses maquettes, dessins à la main, documents graphiques et même quelques poèmes). Ces deux livres seront publiés à la rentrée. Ce sera alors le moment de travailler sur notre prochain livre en tant qu’éditeur, Agora, le catalogue d’un projet de sculpture dans l’espace public que l’artiste Eden Morfaux a déployé en 2018 dans le grand ensemble de Massy-Antony et pour lequel le photographe Myr Muratet a réalisé de très belles photographies. À suivre donc… »

Projet Eden Morfaux

Éphéméride Panneaurama #9 : Neo Neo (Suisse / Genève)

Chaque jeudi, retrouvez  dans l’éphéméride Panneaurama, la vision des graphistes ayant répondu à l’invitation de La Bibliothèque de créer une affiche originale sur le thème du paysage. Cette semaine, Xavier Erni et Thuy-An Hoang, le duo genevois répond à nos questions. Une manière pour vous de voir encore autrement le parcours graphique proposé dans et autour de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland du 28 juin au 28 septembre 2019.

Neo Neo est un atelier de graphisme et de direction artistique basé à Genève en Suisse, créé en 2010 par Thuy-An Hoang et Xavier Erni. Le studio collabore avec des artistes, des institutions culturelles, ainsi que des entreprises commerciales pour créer des concepts de communication originaux et contemporains. Ils ont développé une approche transdisciplinaire partagée entre la communication visuelle, le commissariat d’exposition, l’édition et l’enseignement. Depuis 2011, ils publient Poster Tribune, une revue dédiée aux affiches et lancent en 2015, Print Program, une plateforme d’exposition et d’archives consacrée aux objets imprimés et au graphisme. Ils enseignent la communication visuelle à la HEAD-Genève depuis 2015.

« Dans l’impossibilité de nous rendre sur place afin de parcourir Saint-Herblain et les environs, nous nous sommes promenés sur Google Maps où nous avons tenté de découvrir les lieux emblématiques évoqués par Super Terrain. Ces images sont le fruit de notre parcours virtuel, une carte postale satellite composée de ces lieux fascinants vus depuis notre mirador. »

Photographie confiée à l’Atelier Neo Neo par Super Terrain
Sans titre, Neo Neo (Suisse / Genève)

La Bibliothèque : Avez-vous pour habitude de répondre à des commandes ? Sinon, pourquoi celle-ci ?

Neo Neo : « Oui, cela fait partie de notre quotidien en tant que graphistes. Il nous arrive aussi de participer à des expositions où il est demandé de produire une création avec un brief précis, telle que celle-ci. Nous apprécions le contexte de la commande et ses contraintes, faire passer un message précis à un public cible est pour nous une stimulation. »

La Bibliothèque : Le thème du paysage est-il déjà présent dans votre travail, dans vos thématiques de prédilection ? Si oui, pourquoi ? Sous quel(s) angle(s) ?

Neo Neo : « C’est la première fois que nous travaillons autour de cette thématique. »

Neo Neo : « La nature. »

La Bibliothèque : Pour vous, le paysage évoque-t-il d’abord la nature ou la ville ?

Neo Neo : « La nature. »

La Bibliothèque : Comment qualifieriez-vous l’affiche réalisée pour Panneaurama et au regard de vos autres créations ? Ovni ou suite logique ?

Neo Neo : « Ni ovni, ni suite logique : une interprétation personnelle parmi d’autres. »

La Bibliothèque : Que voudriez-vous que le public retienne de cette affiche ? Qu’aimez-vous susciter en général chez le regardeur ?

Neo Neo : « Nous apprécions particulièrement intriguer le regardeur. Nous aimons les affiches avec une double lecture. Un impact graphique fort qu’on aperçoit depuis l’autre côté de la route qui pousse le spectateur à s’approcher pour rentrer dans son univers et essayer de comprendre son intention. »

La Bibliothèque : Quelle a été votre technique de création pour produire votre affiche (dessin, découpage, photo…) ?

Neo Neo : « Google maps, capture d’écran, Photoshop, In-design. »

La Bibliothèque : Le format a-t-il une importance pour vous ?

Neo Neo : « Le format a beaucoup d’importance pour nous, il peut définir la manière dont on décide de communiquer, il peut même avoir une signification. »

La Bibliothèque : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

Neo Neo : « Nous travaillons sur différents projets de communication visuelle pour la HEAD–Genève (Haute école d’art et de design Genève), pour le festival international de films indépendants Black Movie et nous éditons la revue Poster tribune dédiée aux affiches et au graphisme. »

Programme de septembre à décembre 2019

de septembre à décembre,
le programme de La Bibliothèque

Expo, ateliers, visite guidée, rendez-vous graphique, danse, projections, jeux, autoformation, contes et lectures…

Exposition des affiches de Michel Bouvet, des ateliers dans le cadre de la Nantes Digital Week, une visite guidée de Panneaurama, un rendez-vous graphique avec Florence Boudet, une journée Alors ? On danse !, des contes traditionnels avec France Quatromme, des ateliers sur le « stand-up » avec Omar Meftah et Yassine Latrache, un atelier d’écriture théâtrale avec Linda Blanchet, une performance dansée avec les élèves du lycée Saint-Dominique, une rencontre avec le Théâtre de l’Ultime, etc.

Et encore, … du jeu sur grand écran et sur plateaux, des projections de films et de documentaires dans l’auditorium, des soirées jeux, des découvertes, des partages, des histoires racontées pour les petits et tout-petits en toutes langues,  du partage de culture, de l’autoformation, des accompagnements, des ateliers de conversations, …

Télécharger le programme

Parcours recherche emploi

Parcours

À partir du mardi 24 septembre 2019

DESCRIPTIF DU PARCOURS de septembre à octobre 2019

Cet accompagnement personnalisé, d’une durée de 6 semaines, s’adresse à des personnes en recherche d’emploi ou en reconversion professionnelle, maîtrisant la langue française et les bases informatiques.

Le parcours permet d’acquérir des compétences en informatique, en bureautique et d’appréhender les techniques de recherche d’emploi.

Calendrier :

mardi 24 septembre à 14 h à la médiathèque Gao-Xingjian : présentation de l’espace numérique et des collections de la médiathèque, puis visite de la Maison de l’emploi Saint-Herblain-Sillon ; prise en considération des besoins de formation des participants.

mardi 1er octobre à 14 h à la médiathèque Gao-Xingjian : atelier « Création et prise en main d’une boîte mail »

mardi 8 octobre à 14 h à la Maison de l’Emploi : atelier « Etre actif dans sa démarche de recherche d’emploi ».

mardi 15 octobre à 14 h à la médiathèque Gao-Xingjian : atelier « Découverte Internet et sites utiles ».

mardi 22 octobre à 14 h à la médiathèque Gao-Xingjian : atelier « Mise en page d’une lettre de motivation et d’un CV ».

mardi 29 octobre à 14 h à la Maison de l’Emploi : atelier « Pitch » et bilan du parcours .

Pendant la durée du parcours, un suivi individualisé sera proposé aux participants, comportant des ateliers semi-collectifs et des rendez-vous individuels: informatique, bureautique, messagerie, navigation sur Internet, dont la plateforme EmploiStore ; acquisition de compétences : coaching CV, simulation d’entretien …

Inscriptions :

L’inscription est gratuite en s’adressant soit

à la Maison de l’Emploi ou à la Médiathèque Gao-Xingjian .

Se rendre à la Maison de l’emploi

Se rendre à la médiathèque Gao-Xingjian

Télécharger le programme de La Bibliothèque

Éphéméride Panneaurama #7 : Bráulio Amado (Portugal / Etats-Unis)

Chaque jeudi, retrouvez  dans l’éphéméride Panneaurama, la vision des graphistes ayant répondu à l’invitation de La Bibliothèque de créer une affiche originale sur le thème du paysage. Cette semaine, nous vous présentons l’œuvre du graphiste portugais Bráulio Amado. Une manière pour vous de voir encore autrement le parcours graphique proposé dans et autour de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland du 28 juin au 28 septembre 2019.

Bráulio Amado est un graphiste portugais qui vit actuellement à New-York. Il dirige BAD Studios et co-dirige un espace d’art / salle de classe dans le village de l’est de NYC que l’on appelle SSHH. Il a travaillé pour le New York Times, Nike, Frank Ocean, Robyn et Roisin Murphy et il a exposé à Tokyo, Séoul, New York, Brisbane, Berlin et Londres.

L’affiche de Bráulio Amado a subi des dégradations volontaires au cours du mois de juillet qui nous ont malheureusement contraints à la retirer pour des raisons de sécurité.

Vous pouvez cependant découvrir cette œuvre en tirage d’art,  ainsi que l’ensemble des œuvres conçues dans le cadre de Panneaurama dans la salle d’exposition de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland.

Affiche K, Bráulio Amado dans le parc de la Bégraisière, exposition Panneaurama à Saint-Herblain.

« I SEE TEXT. I SEE A LOGO. I SEE THE BRAND’S COLOR. I SEE THE CONTEXT. I SEE SOME DRAMATIC UNDERWATER TENSION. THAT PHOTO WAS ALREADY A POSTER ! SO MY POSTER IS AN ABSTRACTION OF THAT SAID POSTER INTO SOMETHING THAT DOESN’T SAY ANYTHING. WHICH PROBABLY MAKES MY POSTER THE REAL PHOTOGRAPH. »

« JE VOIS LE TEXTE. JE VOIS UN LOGO. JE VOIS LA COULEUR DE LA MARQUE. JE VOIS LE CONTEXTE. JE VOIS QUELQUES TENSIONS DRAMATIQUES SOUS-JACENTES. CETTE PHOTO ÉTAIT DÉJÀ UNE AFFICHE ! C’EST POURQUOI MON AFFICHE EST UNE ABSTRACTION DE CETTE AFFICHE EN QUELQUE CHOSE QUI NE DIT RIEN. CE QUI FAIT PROBABLEMENT DE MON AFFICHE LA VRAIE PHOTOGRAPHIE !»

K, Bráulio Amado (Portugal / Etats-Unis)
Photographie confiée à Bráulio Amado par Super Terrain

Éphéméride Panneaurama #8 : Atelier Tout va bien (France/Dijon)

Chaque jeudi, retrouvez  dans l’éphéméride Panneaurama, la vision des graphistes ayant répondu à l’invitation de La Bibliothèque de créer une affiche originale sur le thème du paysage. Cette semaine, Anna Chevance et Mathias Reynoird, le duo de designers graphiques dijonnais répond à nos questions. Une manière pour vous de voir encore autrement le parcours graphique proposé dans et autour de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland du 28 juin au 28 septembre 2019.

L’Atelier Tout va bien est un duo de designers graphiques installé à Dijon depuis 2011. Considérant le design graphique comme une activité intrinsèquement contextuelle, l’Atelier Tout va bien s’applique à développer de multiples écritures au sein desquelles le geste graphique vise à capter les résonances possibles entre expérimentation plastique, fonctionnalité structurelle, justesse typographique et narration visuelle. Voir, lire, regarder, comprendre. Chaque projet (livre, affiche ou identité graphique) est un terrain de jeux spécifique où les règles sont collectivement fixées, puis singulièrement interprétées.

« Tard, loin après minuit, je me lève pour admirer la lune.
La nuit sous la pluie. Partout. On ne sait où.
Une vague lueur. Fenêtre ouverte. Parfum nocturne de l’océan.
Puis soudain, le jour, un autre monde s’éveille. »

Interprétation libre d’un haikai du poète japonais Matsuo Bashō (1644-1694).
Persiennes ou l’inquiétante étrangeté d’une pérégrination nocturne, Atelier Tout va bien (France/Dijon)
Photographie confiée à l’Atelier Tout va bien par Super Terrain

La Bibliothèque : Avez-vous pour habitude de répondre à des commandes ? Sinon, pourquoi celle-ci ?

Atelier Tout va bien : « Nous sommes exclusivement, sauf en de très rares occasions, des designers graphiques de commande. Et nous le revendiquons. Nombre de nos confrères ont tendance à opposer pratique personnelle et projets de commande. Loin de nous l’idée de leur donner tort… Mais notre positionnement propre est de nous donner la possibilité de fusionner les deux. Nous développons notre écriture et nos recherches typographiques au sein même de la commande, qui pour nous n’exclue en rien la dimension de concepteur, de créateur, et donc d’auteur. Historiquement, d’ailleurs, la commande est intrinsèque à la pratique du design graphique. Nous nous considérons, en quelque sorte, comme des porte-voix venant mettre un grain de sel bienveillant dans l’image que les commanditaires souhaitent offrir à leurs publics, à leurs lecteurs, à leurs regardeurs. »

La Bibliothèque : Le thème du paysage est-il déjà présent dans votre travail, dans vos thématiques de prédilection ? Si oui, pourquoi ? Sous quel(s) angle(s) ?

Atelier Tout va bien : « La question du paysage n’est pas centrale, au sein même de notre travail, mais dans la mesure où la plupart de nos images sont destinées à l’espace public, ce thème est toujours présent, en arrière-plan. La responsabilité du designer, en tous cas celle à laquelle nous sommes particulièrement attentifs lorsque nous dessinons des affiches, est de pouvoir servir le message d’un commanditaire tout en déployant une poésie qui puisse s’inscrire dans le paysage urbain sans effacement ni agression. Cet équilibre n’est pas simple : une affiche doit être assez prégnante pour attirer le regard, assez claire pour délivrer un message informatif, assez profonde pour ouvrir des champs de réflexion et, c’est ici que la question du paysage entre en compte, assez respectueuse pour ne pas enlaidir le site au sein duquel elle se trouve. Réussir à dessiner une affiche qui informe autant qu’elle questionne ou émerveille est une minuscule pierre à l’édifice qu’est l’espace public, nous n’avons pas la prétention de changer le monde… Mais si nous pouvons, un instant seulement, révéler certaines sensibilités, notre mission est accomplie. Il y a des images qui racolent et des images qui racontent. Nous nous positionnons évidemment en faveur de la seconde catégorie. »

La Bibliothèque : Pour vous, le paysage évoque-t-il d’abord la nature ou la ville ?

Atelier Tout va bien : « D’instinct, le paysage nous évoque la nature. Sans doute notre spontanéité est-elle ici influencée par le genre pictural du paysage, apparu dès l’antiquité, puis ayant accompagné toute l’Histoire de l’art à des époques où bien plus rares étaient les paysages urbains, avec un âge d’or durant la période romantique. Mais dans notre travail, la réalité revient au premier plan et le paysage trouve une toute autre importance et se fait bien plus souvent urbain (nous pourrions relier cette réponse à la précédente…). Finalement, la vérité (si tant est qu’elle puisse exister) se trouve en tout espace, champêtre, urbain, sylvestre, souterrain, etc. Le paysage n’est-il pas, tout simplement, l’étendue que nos yeux peut embrasser d’un seul regard ? »

La Bibliothèque : Comment qualifieriez-vous l’affiche réalisée pour Panneaurama et au regard de vos autres créations ? Ovni ou suite logique ?

Atelier Tout va bien : « Plutôt ovni, car elle est très sombre et, par certains aspects, presque effrayante. Les autres créations sont bien plus joviales… mais nous n’avons aucun regret sur ce point, chaque belle histoire, si bucolique soit-elle, admet ses petites zones d’ombre. »

La Bibliothèque : Que voudriez-vous que le public retienne de cette affiche ? Qu’aimez-vous susciter en général chez le regardeur ?

Atelier Tout va bien : « En soi, nous ne voulons rien. La liberté du regard dans l’espace public réside dans le fait d’être attentif, ou non, à une image qui nous est offerte. Si notre affiche suscite la curiosité, tant mieux. Qu’elle soit appréciée ou non, là n’est pas la question. Et quand bien même l’image a capté un regard sans être comprise telle que nous l’avons conçue, ce n’est absolument pas un problème pour nous. Elle sera abordée autrement, elle fera son chemin. Une fois diffusée dans l’espace public, l’image ne nous appartient plus. Soumise à la perception de chacun, elle nous échappe, et c’est très bien. Il faut la laisser aller, la laisser se transformer au gré de la pluralité des regards. »

La Bibliothèque : Quelle a été votre technique de création pour produire votre affiche (dessin, découpage, photo…) ?

Atelier Tout va bien : « — Observation (de la photographie soumise par Super Terrain).
— Découpage (de nombreuses feuilles de papier, imprimées ou non).
— Passage sous scanner (clapet ouvert, en très haute définition).
— Écriture du texte (libre interprétation d’un haïku de Matsuo Bashō).
— Composition de l’image sur logiciel (inDesign). »

La Bibliothèque : Le format a-t-il une importance pour vous ?

Atelier Tout va bien : « Il a toujours une importance, que l’on parle d’affiche, de livre, de peinture, de supports éphémères ou pérennes. Un format, c’est d’abord une intention. Selon le format, la perception varie, et avec elle varie le message. Le format, c’est très souvent la première certitude d’un projet… Ou du moins la première décision concrète. Comment débuter une recherche graphique, picturale ou éditoriale, sans format ? »

La Bibliothèque : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

Atelier Tout va bien : « Nous travaillons essentiellement pour des artistes et des structures culturelles. Nous comptons parmi nos commanditaires quelques entreprises privées, mais elles nous sollicitent pour des projets toujours en lien avec la culture et la création artistique. Pour ce qui est du présent, nous venons de rendre le projet d’identité de saison du Kiosque – Centre d’Action Culturelle Mayenne Communauté, et un diptyque d’affiches pour la scénographie des Rendez-Vous Particuliers de LVMH Métiers d’Art, à Florence. Nous planchons, cet été, sur le projet d’affiche de Nuit Blanche Mayenne. Nous continuons aussi nos aventures avec Les Ateliers Vortex (art contemporain), Why Note (musique contemporaine et expérimentale), ARTCENA (Centre national des arts de la rue, du cirque et du théâtre). Puis nous avons pas mal de livres en vue pour 2020, mais c’est encore classé top-secret… »

Éphéméride Panneaurama #6 : Formes Vives (Brest, Nantes, Marseille / France)

Chaque jeudi, retrouvez  dans l’éphéméride Panneaurama, la vision des graphistes ayant répondu à l’invitation de La Bibliothèque de créer une affiche originale sur le thème du paysage. Cette semaine, Adrien Zammit (Marseille), Nicolas Filloque (Brest) et Geoffroy Pithon (Nantes) du projet Formes Vives répondent à nos questions. Une manière pour vous de voir encore autrement le parcours graphique proposé dans et autour de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland du 28 juin au 28 septembre 2019.

Formes Vives est un collectif de graphistes et dessinateurs créé en 2008, porté par le désir de développer une pratique politique des formes graphiques, dans le cadre de commandes de communication.

« On a vu dans cette ferme de panneaux solaires une autre version des tournesols, ces fleurs qui tous les jours exécutent leur salutation au soleil. On a fait une image des beaux jours, du jardinage, une image de salutation au soleil, comme on aime bien les faire : à la fois archaïque et légèrement digitale. »

Viva, Formes Vives (France / Nantes, Brest et Marseille)
Photographie confiée à Formes Vives par Super Terrain

La Bibliothèque : Avez-vous pour habitude de répondre à des commandes ? Sinon, pourquoi celle-ci ?

Formes Vives : « Oui, nous sommes un collectif de graphistes qui a l’habitude de répondre à une grande variété de commandes dans les champs du design graphique (social et culturel) et des arts plastiques. »

La Bibliothèque : Le thème du paysage est-il déjà présent dans votre travail, dans vos thématiques de prédilection ? Si oui, pourquoi ? Sous quel(s) angle(s) ?

Formes Vives : « Pas particulièrement mais nos images convoquent beaucoup de sujets (portrait, paysage, collages, matières, couleur…), sans réellement y déceler un thème de prédilection. En raison de notre métier qui est de répondre à des commandes, les sujets proviennent forcément un peu de ces commandes. Peut-être que la carte de la Zad de Notre-Dame-des-Landes que nous avons réalisée avec Quentin Faucompré se rapprocherait de l’idée de paysage… Ou bien ce projet moins récent pour la fashion week de Florence. »

> Ces reproductions imprimées pour La Bibliothèque sont disponibles au prêt à l’accueil de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland.

La Bibliothèque : Pour vous, le paysage évoque-t-il d’abord la nature ou la ville ?

Formes Vives : «  Un maillage des deux, le paysage pour nous c’est un lieu à la fois imaginaire et réel, plus métaphorique, utopique et poétique que scientifique. »

La Bibliothèque : Comment qualifieriez-vous l’affiche réalisée pour Panneaurama et au regard de vos autres créations ? Ovni ou suite logique ?

Formes Vives : « Nous tâchons de donner une certaine singularité à chacun de nos travaux tout en conservant une écriture propre à notre travail collectif qui est aussi empruntée à des questions artistiques et intellectuelles du moment. »

La Bibliothèque : Que voudriez-vous que le public retienne de cette affiche ? Qu’aimez-vous susciter en général chez le regardeur ?

Formes Vives : « C’est assez naïf, mais on aimerait qu’une certaine idée de la poésie puisse être partagée, au-delà des formes et des mots, c’est plutôt en termes d’émotion et d’énergie que ça se passe, un mélange de fragilité et de force, une idée d’un geste sans « chichi ». »

La Bibliothèque : Quelle a été votre technique de création pour produire votre affiche (dessin, découpage, photo…) ?

Formes Vives : « Un mélange de choses faites à la main, scannées et des choses aussi directement réalisées via des logiciels. Et ensuite un collage qui s’affine avec le temps. »

La Bibliothèque : Le format a-t-il une importance pour vous ?

Formes Vives : « Un mélange de choses faites à la main, scannées et des choses aussi directement réalisées via des logiciels. Et ensuite un collage qui s’affine avec le temps. »

La Bibliothèque : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

Formes Vives : « La nouvelle saison du Centre Dramatique National de Montpellier (Théâtre des 13 Vents), le Pôle Nationale Cirque d’Alès, une signalétique et des enseignes pour un regroupement d’associations parisiennes dans le quartier des Amandiers à Belleville, un festival de musique à Amiens, une déambulation dans l’espace public avec la compagnie de théâtre la Folie Kilomètre… »

> Des affiches du collectif Formes Vives sont déjà disponibles au prêt pour 6 semaines dans les collections de La Bibliothèque. N’hésitez pas à les emprunter à l’accueil de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland.

Éphéméride Panneaurama #5 : Pierre Vanni (France / Paris)

Chaque jeudi, retrouvez  dans l’éphéméride Panneaurama, la vision des graphistes ayant répondu à l’invitation de La Bibliothèque de créer une affiche originale sur le thème du paysage. Cette semaine, Pierre Vanni, designer graphique et créateur de langages visuels singuliers, répond à nos questions. Une manière pour vous de voir encore autrement le parcours graphique proposé dans et autour de la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland du 28 juin au 28 septembre 2019.

Pierre Vanni est un designer graphique indépendant français. Il enseigne à l’École Nationale Supérieure d’Art et de design de Nancy. Depuis 2009, il élabore des langages graphiques aventureux pour le Centre Dramatique National de Toulouse, le Centre Pompidou ou encore la Fondation Nationales des Arts Graphiques et Plastiques. En 2014, le Musée des Arts Décoratifs de Paris l’invite à participer à l’exposition Recto-Verso qui interroge la place actuelle de l’auteur dans le paysage graphique français.

« Vous aurez reconnu le Sillon de Bretagne, future ruine monumentale, ici, ornée d’un cœur tressé de lierre grimpant (son destin) et encore tachée du désir de vie meilleure de ses architectes (sa conception). »

Sillon, Pierre Vanni (France / Paris)
Photographie confiée à Pierre Vanni par Super Terrain

La Bibliothèque : Avez-vous pour habitude de répondre à des commandes ? Sinon, pourquoi celle-ci ?

Pierre Vanni : « Oui, c’est même l’essentiel de mon activité. Les commandes constituent les différentes scènes sur lesquelles je peux jouer mon rôle de designer. »

La Bibliothèque : Le thème du paysage est-il déjà présent dans votre travail, dans vos thématiques de prédilection ? Si oui, pourquoi ? Sous quel(s) angle(s) ?

Pierre Vanni : « Je pense mes travaux dans des paysages (plutôt que comme des paysages). Ces paysages, sont parfois triviaux, comme ceux de nos réseaux sociaux, de nos rues, de nos villes. Et parfois aussi, ils peuvent être surprenants, inattendus : celui que vous m’avez offert en est un bel exemple. »

La Bibliothèque : Pour vous, le paysage évoque-t-il d’abord la nature ou la ville ?

Pierre Vanni : « C’est avant tout une chose qu’on observe de loin : un objet, que peut-être paradoxalement, on ne connait bien qu’à distance. Du coup, naturel ou artificiel, je ne fais pas de distinction. »

La Bibliothèque : Comment qualifieriez-vous l’affiche réalisée pour Panneaurama et au regard de vos autres créations ? Ovni ou suite logique ?

Pierre Vanni : « C’est à vous de me le dire ! »

La Bibliothèque : Que voudriez-vous que le public retienne de cette affiche ? Qu’aimez-vous susciter en général chez le regardeur ?

Pierre Vanni : « C’est un prétexte à la rêverie, un montage libre à l’interprétation, un regard porté sur le Sillon que je partage avec le public. »

La Bibliothèque : Quelle a été votre technique de création pour produire votre affiche (dessin, découpage, photo…) ?

Pierre Vanni : « Il s’agit d’un photomontage numérique — rien de très compliqué ! »

La Bibliothèque : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

Pierre Vanni : « Je prépare la deuxième saison du ThéâtredelaCité, le Centre Dramatique National de Toulouse Occitanie. Il s’agit d’un projet d’identité graphique qui m’offre une très grande liberté de création. »